Communiqué / Alerte presse


Mars : le rover Perseverance livre ses premiers résultats

le 7 octobre 2021

Une équipe internationale dont fait partie des géologues du LGL-TPE ont livré les premiers résultats du rover Perseverance de la Nasa. Et oui ! Le cratère Jezero qu'il est en train d'explorer a bel et bien abrité un lac de plusieurs dizaines de mètres de profondeur il y a plus de trois milliards d'années !

 
Jezero
Jezero - Jezero

À gauche, en bleu, le niveau estimé du lac du cratère Jezero suite aux observations de Perseverance (étoile rouge), 100 m plus bas que le niveau suggéré par les données satellites. À droite, détails de la butte Kodiak montrant les strates sédimentaires successives, dont certaines inclinées, comparés à une coupe des strates d’un delta terrestre. (Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS/LPG/Science - NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG/Science)
 

Le rover Perseverance vient de confirmer l’intérêt de son site d’atterrissage : le cratère Jezero a bien abrité un lac, alimenté par une rivière via un delta, il y a 3,6 milliards d’années. Dirigée par un chercheur du CNRS, l’équipe internationale a notamment impliqué en France des scientifiques de l’université Claude Bernard Lyon 1 et de l’université Toulouse III – Paul Sabatier et publie ses conclusions le 7 octobre dans Science. Ces observations ont été obtenues grâce à l’instrument Supercam du rover de la NASA, construit en France sous l’autorité du CNES.

Arrivé en février dernier à la surface de Mars, Perseverance a rapidement débuté ses investigations afin de mieux comprendre l’histoire passée de la planète rouge. Dans cette toute première étude issue des données de ce rover, dirigée par un géologue CNRS du Laboratoire de planétologie et géodynamique (CNRS/Université de Nantes/Université d’Angers), le rover de la Nasa a permis de confirmer l’intérêt de son site d’atterrissage et apporte de nouveaux éclairages sur son évolution hydrologique.

Le cratère Jezero avait été choisi car les images satellites donnaient des indices géologiques évoquant notamment un ancien lac au débouché d’une vallée fluviale. Perseverance a justement observé dans cette zone un ensemble de strates sédimentaires inclinées, prises en sandwich entre des strates horizontales : une géométrie typique de celle des deltas sur Terre et qui permet de déterminer le niveau du lac lors de ces dépôts. Ces résultats confirment et précisent le passé lacustre du cratère Jezero : il y a 3,6 milliards d’années, l’étendue d’eau faisait plusieurs dizaines de mètres de profondeur et s’étendait sur tout le fond du cratère Jezero, une surface d’environ 35 km de diamètre.

L’équipe de recherche a également noté au-dessus des dépôts lacustres des strates drastiquement différentes caractérisées par la présence de gros galets et de blocs rocheux de plus d’un mètre de côté. Ces dépôts témoignent de forts courants fluviaux, comme lors de crues soudaines. La fin de la période lacustre du cratère a donc été le théâtre d’un changement radical d’hydrologie, probablement signe d’un changement climatique majeur.

Le rover a réalisé ses observations à distance, en se tenant à plus de 2 km des formations géologiques étudiées, grâce à l’instrument américain Mastcam-Z et surtout à l’instrument franco-américain Supercam dont la caméra permet d’observer des détails de moins de 10 cm à cette distance.

Ces résultats orientent le programme d’analyses futures du rover à l’intérieur du cratère Jezero car les deux types de roches identifiées sont des objectifs majeurs de la mission : les strates sédimentaires sont de très bonnes candidates pour retrouver des traces de vie passée et les blocs rocheux de grande taille pourraient fournir des fragments de croûte martienne. Des échantillons pourraient être prélevés en préparation d’un retour sur Terre à l’horizon 2030.

Retrouvez ce communiqué de presse sur le site du CNRS ici.

 

Pour en savoir plus :

CNRS Le Journal vient de consacrer un article à ces premières découvertes du rover Perseverance.
Vous pouvez le retrouver ici : Mars : le cratère Jezero a bien été un lac.

Pour en savoir plus sur le rover Perseverance, ses objectifs scientifiques et ses différences avec les rovers précédents, vous pouvez (re)voir ci-dessous la conférence donnée par Erwin Dehouck du LGL-TPE il y a quelques mois à la Société astronomique de Lyon sur cette thématique :


Erwin Dehouck a également parlé de Persevrance dans le cadre de la dernière édition du festival Pint of Science. Vous pouvez retrouver son intervention ici :


Vous pouvez également revivre l'atterissage de Perseverance sur Mars en février dernier en compagnie de Cathy Quantin-Nataf, co-auteure de la publication, avec la rediffusion du direct du CNES :


Vous pouvez aussi écouter le planétologue Patrick Thollot du LGL-TPE parler de Perseverance et de l'exploration du système solaire en général dans la conférence « Explorer l'espace pour mieux habiter la Terre ? » des Mercredis de l'Anthropocène organisés par l'École urbaine de Lyon et disponible en podcast. Patrick Thollot avait également consacré un article très complet sur l'exploration martienne disponible sur le site Planet-Terre : « La persévérance, une qualité essentielle dans l'exploration de Mars ».

Et enfin : avant que Persevrance ne pose ses roues sur Mars, Cathy Quantin-Nataf était passé par les Mardis de l'espace du CNES pour parler de la future mission. Une émission à (re)voir ici !

(Et bien sûr : toutes nos ressources en ligne sont toujours disponibles ici !)
 

Référence de l'article :

Perseverance rover reveals an ancient delta-lake system and flood deposits at Jezero crater, Mars. N. Mangold, S. Gupta, O. Gasnault, G. Dromart*, J. D. Tarnas, S. F. Sholes, B. Horgan, C. Quantin-Nataf*, A. J. Brown, S. Le Mouélic, R. A. Yingst, J. F. Bell, O. Beyssac, T. Bosak, F. Calef III, B. L. Ehlmann, K. A. Farley, J. P. Grotzinger, K. Hickman-Lewis, S. Holm-Alwmark, L. C. Kah, J. Martinez-Frias, S. M. McLennan, S. Maurice, J. I. Nuñez, A. M. Ollila, P. Pilleri, J. W. Rice Jr, M. Rice, J. I. Simon, D. L. Shuster, K. M. Stack, V. Z. Sun, A. H. Treiman, B. P. Weiss, R. C. Wiens, A. J. Williams, N. R. Williams et K. H. Williford. Science, 7 octobre 2021. (* : du LGL-TPE)
Article disponible ici : 10.1126/science.abl4051.

Crédits image miniature :
ESA/DLR/FU-Berlin

Publié le 8 octobre 2021 Mis à jour le 9 octobre 2021