le 15 octobre 2018

Parmi les espèces d'oiseaux endémiques insulaires des îles Mascareignes (La Réunion, l'île Maurice et Rodrigues), au sud-ouest de l'océan Indien, figuraient trois espèces de hiboux « géants », une sur chaque île, éteintes il y a quelques siècles à l'instar du dodo à cause des impacts de l'Homme. Jusqu'ici énigmatique, leur origine précise a pu être déchiffrée par une équipe de chercheurs de l'ENS de Lyon et du Laboratoire de géologie de Lyon (LGL-TPE) grâce à des fragments d'ADN mitochondrial préservés dans des fossiles. Ces hiboux disparus étaient issus de la colonisation des îles de la région par un ancêtre direct, le petit-duc oriental, qui vit aujourd'hui en Asie du sud-est.


Dessin de l'une des trois espèces de hibou géant des Mascareignes (celui de l'île Maurice) comparé à l'ancêtre continental de ces hiboux, le petit-duc oriental (en haut à gauche)

Extraits du communiqué de presse du CNRS

La crise de la biodiversité due à l'activité humaine ne date pas d'hier, ni même d'avant-hier. Depuis les temps préhistoriques, dès que des populations humaines se sont établies sur des îles océaniques, elles ont eu un impact désastreux sur l'environnement indigène, composé d'une forte proportion d'espèces endémiques. De nombreux extinctions s'en sont suivies. Les causes ont été répétées maintes fois : déforestation, chasse à outrance, introduction de nouvelles espèces... Chez les oiseaux, de nombreuses espèces endémiques avaient évolué sur ces îles depuis des millions d'années sans aucun prédateur mammalien, évoluant vers un mode de vie terrestre. Beaucoup ont perdu toute méfiance envers des mammifères prédateurs qu'ils n'ont jamais rencontrés. Aussi, les impacts anthropiques ont eu des conséquences très fortes et rapides, beaucoup d'espèces s'éteignant le temps de quelques dizaines ou centaines d'années. On estime à plus de 1500 le nombre d'espèces éteintes sur les îles à case de l'Homme, soit un déclin de près de 15 % de la diversité totale des oiseaux (aujourd'hui environ 10000 espèces).

Sur les îles Mascareignes, seule une vague de colonisation par les Occidentaux a eu lieu mais a néanmoins été tout aussi destructrice que deux vagues sur d'autres archipels. Aux côtés du dodo et du solitaire, trois espèces de hiboux énigmatiques, placées jusqu'ici dans le genre exclusif Mascarenotus, y vivaient (une sur chaque île). Ils sont connus par des fossiles et par des traces écrites des anciences voyageurs. Ces hiboux, géants par rapport aux petits-ducs auxquels ils semblent apparentés, restaient mystérieux, notamment par l'origine de l'espèce ancestrale ayant colonisé ces îles à partir d'un continent. Les candidats possibles étaient tout autour de l'océan Indien.

En étudiant l'ADN ancien contenu dans les fossiles de ces hiboux, les chercheurs ont pu replacer ces espèces de façon très précise dans l'arbre phylogénétique des hiboux actuels. Leur étude révèle que l'espèce ancestrale de ces hiboux est la lignée d'Otus sunia, le petit-duc oriental, d'Asie du sud-est. Les trajets de colonisation par cette espèce des îles Mascareignes ont donc pu être retracés, et sont par ailleurs en accord avec l'origine des hiboux actuels d'îles voisines (Comores, Madagascar, Seychelles). L'ADN ancien, préservé en conditions défavorables (climat tropical humide), sous forme de fragments mitochondriaux, a ainsi permis d'éclairer et de préciser considérablement la position phylogénétique de ces oiseaux.

Cette origine à partir de l'Asie, aussi lointaine qu'elle paraisse (à peu près 3,5 millions d'années), est cohérente avec ce que l'on connaît des trajets de cyclones et leur forte fréquence et intensité à cette époque (Pliocène). Ces cyclones, à l'automne, ont pu porter des individus de façon répétée jusque sur ces îles, alors qu'ils étaient en migration depuis l'Asie continentale vers l'Indonésie. Ces trajets ressemblent à celui de l'ancêtre du dodo, un pigeon de la même région mais qui a colonisé les îles Mascareignes beaucoup plus anciennement.

Retrouvez le communiqué dans son intégralité ici.
Publié le 15 octobre 2018