Publication scientifique


GrANoLA : une grande île des Antilles aujourd’hui disparue

le 26 octobre 2020

Comment expliquer que certains mammifères terrestres des Grandes Antilles ont des ancêtres sud-américains ? C'est en voulant répondre à cette question qu'une équipe internationale, dont fait partie Frédéric Quillévéré du LGL-TPE, a mis en évidence l'existence, il y a 35 millions d'années, d'une grande île, aujourd'hui disparue, entre les Grandes et Petites Antilles. Un résultat publié dans PLoS ONE.

Certains mammifères terrestres des Grandes Antilles ont des ancêtres sud-américains. C'est pour expliquer cette origine que l'existence d'un pont continental traversant du Nord au Sud la mer des Caraïbes entre 35 et 33 millions d’années a été proposée : le GAARLandia. Cependant, les données géologiques venant corroborer l'existence d'un tel pont manquent cruellement car la zone est à présent située sous 1 km d'eau en moyenne. De plus, aucun mécanisme géodynamique n'avait encore été clairement identifié pour expliquer son émergence puis son ré-ennoiement. Pourtant, les Grandes Antilles recèlent des rongeurs fossiles étroitement apparentés à ceux retrouvés sur les îles du nord des Petites Antilles, suggérant la possibilité d'échanges terrestres entre ces deux domaines.

Dans ce contexte, des scientifiques ont mené une étude transdisciplinaire à la jonction entre les Grandes Antilles et le nord des Petites Antilles. Elle s’est déroulée à terre et en mer, couplant tectonique, biostratigraphie, géochronologie, géophysique et géologie marine et géodynamique afin de comprendre l'évolution géodynamique de cette région.


Vue du chevauchement de la pointe Toiny. Cet affleurement clé a permis de dater une phase compressive régionale, responsable d'une émersion, qui a permis des migrations entre les Grandes Antilles et le nord des Petites Antilles. Crédit : Mélody Philippon

Les scientifiques ont mis en évidence que le domaine Nord Antilles a été affecté par du raccourcissement crustal conduisant à son épaississement, son soulèvement et son émergence. La période de cette émersion autour de 35 millions d’années est compatible avec l’hypothèse GAARlandia. Ainsi une île (GrANoLA), comparable en taille à celle des Grandes Antilles actuelles, devait exister et permettre les communications entre Grandes et Petites Antilles. Cet évènement pourrait accommoder un changement majeur du mouvement des plaques tectoniques correspondant à l'immobilisation de la plaque Caraïbe et le changement de direction de déplacement du Sud vers l'Est de la plaque Nord Américaine. La connexion avec l’Amérique du Sud n’est pour autant pas encore démontrée, et l’équipe de recherche espère que la suite de ses travaux permettra de répondre à cette question.


Est de la plaque caraïbe à 35 millions d'années. GrANoLA, en vert, émergé à la faveur d'un épaississement crustal d'origine tectonique, fait la connexion entre les Grandes Antilles et le nord des Petites Antilles qui montrent un registre fossile étroitement apparenté.

Cette recherche a reçu le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), programme GAARAnti (ANR-17-CE31-0009), et de l’INSU-IFREMER pour la partie marine du projet : la campagne GARANTI en 2017 à bord de l’Atalante.

Voir l'actualité scientifique sur le site de l'INSU


Référence article :

PHILIPPON, M. ; CORNÉE, J.-J. ; MÜNCH, P. ; VAN HINSBERGEN, D. J. J. et al.. 2020. Eocene intra-plate shortening responsible for the rise of a faunal pathway in the northeastern Caribbean realm. PLoS ONE, 15 (10) : e0241000. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0241000

Publié le 3 novembre 2020