La découverte des plus anciens fossiles de Salamandridae connus dans le Crétacé supérieur de France renseigne sur l’origine et l’histoire évolutive de cette famille. Une publication co-signée par Romain Amiot du LGL-TPE.
Les plus anciennes
Salamandridae connues à ce jour viennent d’être décrites par une équipe internationale de paléontologues des laboratoires
Palevoprim, du
Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes, environnement, du
musée régional des Sciences naturelles de Turin et du
département des Sciences de la Terre de Turin. Les fossiles ont été collectés dans quatre localités du Crétacé supérieur de France, datées de 78 à 67 millions d’années. Cette découverte recule de plus de 10 millions d’années le registre fossile de cette famille toujours connue actuellement, et place son origine en Europe de l’Ouest. Trois évènements de dispersion depuis l’Europe expliquent ensuite la présence de
Salamandridae en Amérique du Nord et en Asie.
Un âge estimé du groupe différent entre les données génétiques et le registre fossile
Les
Salamandridae constituent une famille de salamandres très diversifiée, largement répandue en Europe et en Asie, avec quelques espèces en Amérique du Nord, et qui comprend les tritons et les « vraies » salamandres. Leur registre fossile débute en Europe de l’Ouest après l’extinction des dinosaures, il y a 66 millions d’années, mais leur présence est suggérée au Crétacé supérieur par la présence d’une vertèbre incomplète, retrouvée dans le Maastrichtien d’Espagne et datée d'environ 67 millions d’années. Cependant, les analyses moléculaires, basées sur l’ADN, proposent une origine plus ancienne, entre 100 et 75 millions d’années.
Une découverte inédite dans le Crétacé supérieur de France
Dans une
nouvelle étude publiée dans la prestigieuse revue Scientific Reports, une équipe franco-italienne attribue plus de 170 fossiles inédits du Crétacé supérieur de France à la famille des
Salamandridae. Cette découverte recule de plus de 10 millions d’années le registre fossile de cette famille et permet de mieux comprendre son histoire évolutive. Avec surprise, le genre
Koalliella, jusqu’à présent restreint au Paléocène d’Europe (66-56 Ma), est retrouvé avec certitude dans deux des quatre localités étudiées (Champ-Garimond et La Neuve), ce qui augmente l’extension temporelle du genre de près de 22 millions d’années.
Les fossiles de
Salamandridae décrits dans ce nouvel article proviennent de dépôts continentaux d’eau douce, retrouvés dans quatre localités du sud de la France : Champ-Garimond (Gard), La Neuve, Véranes et Les Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône). Ces localités datées de 78 à 67 millions d’années ont été fouillées lors de missions de terrain avec l’appui des laboratoires Palevoprim de Poitiers et l’
Institut des sciences de l'évolution de Montpellier. Les fossiles, principalement des vertèbres, sont identifiés et décrits par Loredana Macaluso et Olivier Jansen, co-premiers auteurs de l’étude dans le cadre du
projet Aquapal (Région Nouvelle-Aquitaine / Université de Poitiers).
L’origine et l’histoire évolutive des Salamandridae précisées par de nouvelles analyses
Dans cette nouvelle étude, l’équipe a profité de ces découvertes pour réévaluer l’histoire évolutive des
Salamandridae. Les âges de divergence entre les différentes lignées de
Salamandridae sont estimés précisément grâce à l’inclusion des nouveaux fossiles décrits pour calibrer les arbres phylogénétiques des espèces actuelles.
«
Ces nouveaux fossiles ne constituent qu'une partie de l'histoire, explique le Dr. Macaluso.
En les associant aux résultats de nos récentes études, nous commençons enfin à reconstituer les liens entre les premiers salamandridés et à comprendre comment ce groupe fascinant a évolué au fil du temps. »
L’analyse indique une origine de la famille au début du Crétacé supérieur, il y a au moins 83 millions d’années, probablement en France ou en Espagne. Seul le genre
Koalliella est connu du Crétacé supérieur au Paléocène, ce qui semble indiquer une faible diversité au sein de la famille au début de son histoire évolutive.
Par ailleurs, cette analyse permet de mieux comprendre la répartition actuelle mondiale des
Salamandridae. Les données suggèrent trois évènements de dispersion depuis l’Europe qui se produisent avant la fin de l’Oligocène (~23 millions d’années) : une dispersion vers l’Amérique du Nord via le détroit de Bering et deux dispersions vers l’Asie du sud-est via le détroit de Turgai (dans l’ouest de la Sibérie). Ces dispersions ont probablement été favorisées par la baisse du niveau des mers à la suite du refroidissement global de la Terre à la fin de l’Éocène (~34 millions d’années).
Retrouvez ce communiqué avec les contacts scientifiques sur le site du CNRS en cliquant ici.
Référence article
MACALUSO, Loredana ; JANSEN, Olivier ; VALENTIN, Xavier ; WALTER, Jules D. ; OTERO, Olga ; AMIOT, Romain ; GARCIA, Geraldine.
New fossil evidence from the Late Cretaceous of Europe (southern France) deepens the origin of Salamandridae (Urodela) and refines the biogeography of the family. Sceintific Reports,
2026, 16, 16567.
https://doi.org/10.1038/s41598-026-44690-3