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Le sourire mammalien d’une nouvelle espèce de crocodile

Une équipe de chercheurs dont plusieurs de l'Observatoire de Lyon vient de publier la description d’une nouvelle espèce de crocodile du Crétacé Marocain...

Une équipe de chercheurs français du Laboratoire de Géologie de Lyon : Terre, Planètes et Environnement (LGL-TPE : CNRS / ENS Lyon / Université Claude Bernard) et du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (CR2P : CNRS / MNHN / Université Pierre et Marie Curie) vient de publier dans la revue Journal of Vertebrate Paleontology la description d’une nouvelle espèce de crocodile du Crétacé Marocain d’apparence similaire à certains petits mammifères. Ces petits crocodiles, connus sous le nom de notosuchiens, restent rares en Afrique mais leur diversité en Amérique du Sud est sans égal. Cette découverte vient confirmer les liens paléobiogéographiques entre ces deux continents et confirme une évolution par vicariance de leurs faunes de vertébrés.

 
Vue générale des affleurements du Crétacé des Kem Kem au Maroc. Photo Lapparent de Broin/MNHN

Les dépôts continentaux marocains vieux d’environ 100 millions d’années sont célèbres pour avoir produits de nombreux restes de vertébrés fossiles, en particuliers ceux de grands dinosaures. Mais ces niveaux renferment également une multitude de restes plus petits, tels ceux d’un crocodile appartenant au groupe des notosuchiens. La nouvelle espèce, nommée Lavocatchampsa sigogneaurussellae, était de très petite taille, le crâne ayant les dimensions d’une coque de noix et possédait une dentition complexe et comparable à celle de certains petits mammifères insectivores.

Les crocodiles actuels ont des dents de forme conique servant à percer la chair de leur proie mais chez L. sigogneaurussellae, la morphologie des dents montrant de multiples cuspides et des bassins servant à broyer la nourriture, prête à confusion. L’étude de la dentition à l’aide d’imagerie CT scan et de microscopie électronique à balayage révèle que cet animal ingurgitait une nourriture abrasive. Etant donné la quasi-absence de mammifères dans ces dépôts sédimentaires, la découverte de ce crocodile à la dentition « mammalienne » soulève des questions sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes durant le Crétacé, alors dominés par les Archosaures.
 
Photographie du crâne (à gauche) et reconstruction à partir de données CT-scans des dents (à droite) appartenant à L. sigogneaurussellae. Photo et figure Martin de Lapparent de Broin/MNHN).

Les écosystèmes terrestres du Crétacé d’Afrique et d’Amérique du Sud partagent une histoire paléobiogéographique commune. Plusieurs groupes de vertébrés indiquent un lien étroit entre ces deux continents durant le Crétacé, mais d’après le registre fossile, la diversité des notosuchiens reste plus importante en Amérique du Sud qu’en Afrique. La présente découverte montre qu’une famille, les Candidodontidae, partagent des occurrences au Crétacé aussi bien en Amérique du Sud qu’en Afrique. Ce résultat conforte l’hypothèse d’un biais d’échantillonnage concernant les petites formes de crocodiles terrestres en Afrique et soutient l’observation que les notosuchiens étaient plus diversifiés que les mammifères dans ces contrées.


Source(s):

Martin, JE et de Lapparent de Broin, F. 2016.
A miniature notosuchian with multicuspid teeth from the Cretaceous of Morocco.
Journal of Vertebrate Paleontology, http://dx.doi.org/10.1080/02724634.2016.1211534

Contact(s):


Jeremy Martin, Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (LGL-TPE : CNRS / ENS Lyon / Université Claude Bernard)
jeremy.martin[at]ens-lyon.fr, 04 72 43 27 35


 
Publié le 18 novembre 2016